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Irak : des armes chimiques et nucléaires au service d’un génocide sans précédent

vendredi 30 juin 2006

La “guerre” en Irak n’est pas un conflit comme les autres. C’est un génocide qui se déroule dans l’ignorance générale, perpétré avec des armes de destruction massive (ADM) illégales selon toutes les lois internationales : bombes à fragmentation, au napalm, au phosphore, et surtout à l’uranium appauvri (UA). Par ailleurs, les conséquences de cette nouvelle agression contre un pays désarmé, affaibli par douze années d’embargo et de bombardements incessants depuis la première invasion du pays, et la destruction de toutes ses infrastructures vitales a conduit à la catastrophe humanitaire qui avait été annoncée par le rapport Medact (Cf. Votre santé, février 2003).

L’uranium appauvri

“... Quand il se transforme en poussière ingérée ou inhalée, (l’uranium appauvri) est alors plus dangereux qu’aucune toxine connue de la science des hommes.”

L’UA est un déchet radioactif utilisé dans la quasi-totalité des armes de la panoplie américaine ; il empoisonne l’environnement pour plusieurs milliards d’années et provoque chez les populations touchées la multiplication des cas de cancers, de leucémies et d’autres maladies graves, l’apparition de malformations congénitales monstrueuses et la modification du patrimoine génétique. Alors que les obus antichars utilisés dans la Guerre du Golfe ne dépassaient pas 5 kilos, les charges contenues dans les bombes téléguidées déversées sur l’Irak depuis son invasion en 2003 en contiennent plusieurs tonnes.

Les microparticules partiellement insolubles formées d’oxyde d’uranium et d’un cocktail d’autres radionucléides se répandent dans l’atmosphère, contaminant toute la chaîne alimentaire. Après avoir touché les pays voisins, cette pollution radioactive est en train de s’étendre à tout l’hémisphère Nord. La contamination interne peut survenir par l’inhalation, l’ingestion de boissons et d’aliments contaminés. Elle peut également être provoquée par lésions cutanées (l’UA passe dans la circulation sanguine). L’inhalation est la plus dangereuse (d’un facteur de 10 à 200) pour les reins et le squelette avec un temps de fixation très lent. Les enfants sont les plus touchés parce qu’ils concentrent la radioactivité trois ou quatre fois plus que les adultes en raison de leur moindre poids et de l’activité de leur processus métabolique. Rappelons que les instances internationales de radioprotection (CIPR) ont été obligées d’admettre officiellement que, si le risque augmente en fonction de la dose reçue, il n’existe pas de seuil d’innocuité.

Depuis 1991, les armes à l’uranium appauvri continuent d’être utilisées

L’UA, à la fois chimiotoxique et radiotoxique, provoque des malformations congénitales monstrueuses (organes manquants - yeux, nez, bouche, cerveau, anus... -, ou à l’extérieur du corps), similaires à celle qui ont été provoquées par la catastrophe de Tchernobyl (1986) et celles de Bohpal en Inde (1984), ou à l’utilisation de l’Agent Orange au Vietnam de 1961 à 1971. Mais les conséquences de l’utilisation de l’UA pourrait perdurer beaucoup plus longtemps, cette substance perdant la moitié de sa radioactivité en 4,5 milliards d’année. L’atteinte au génome ne pourra être évaluée avant plusieurs générations, les anomalies génétiques s’aggravant généralement d’une génération à l’autre. Les gouvernements coupables de ces atrocités maintiennent une chape de plomb sur l’utilisation et les conséquences de l’utilisation de leurs armes de destruction massive sur des populations désarmées. En 2000, sur 700 000 vétérans américains de la Guerre du Golfe, 240 000 victimes de pathologies permanentes et 11 000 morts. 67 % des bébés nés après la guerre présentaient des malformations. La contamination de l’environnement et des populations locales ne va cesser de s’amplifier.

Des armes chimiques contre la population irakienne

“Elles explosaient au sol en provoquant de larges feux qui brûlaient au moins une demi-heure. [...] Ceux qui avaient le malheur de toucher ce genre de feux avaient le corps qui brûlait pendant des heures. »
(Un biologiste témoin du massacre de Fallouja.)

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Fallujah
Les populations civiles de Fallujah, la "ville aux cent mosquées", ont été massacrées, la ville presque totalement détruite

Hormis l’UA, hautement chimiotoxique comme tous les métaux lourds, l’armée américaine emploie régulièrement d’autres armes chimiques que les Etats-Unis avaient accusé, sans aucune preuve, l’ancien régime irakien d’utiliser. De nombreux survivants de Fallouja ont parlé de pluies de feu descendant du ciel qui touchaient les personnes qui s’enflammaient au contact de ces substances. “Une pluie de feu est tombée sur la cité, les gens touchés par ces substances de couleurs diverses ont commencé à brûler, on a trouvé des gens morts avec des blessures bizarres, les corps brûlés et les vêtements intacts”, rapporte un biologiste de Fallouja, témoin des attaques chimiques américaines. (Le phosphore blanc ne consume que les cellules qui contiennent de l’eau.)

Dans un documentaire récent diffusé par la RAI, un ancien marine dit avoir vu, lors de l’assaut de novembre 2004 contre la ville, “des corps brûlés de femmes et d’enfants... Le phosphore explose et forme un nuage. Tous ceux qui se trouvent dans un rayon de 150 mètres sont touchés. Le phosphore brûle les corps et les dissout même jusqu’aux os”. Guliana Segrena - la journaliste du Manifesto prise en otage et qui devait être éliminée pour en savoir trop - a rapporté que l’état des victimes (carbonisées) n’avait pas permis de les identifier : seules 700 parmi les milliers d’entre elles ont pu être ensevelies avec un nom. De nombreux témoignages de survivants attestent que toute forme de vie a été balayée, dans certains quartiers de la ville (les cadavres de centaines d’animaux domestiques et d’oiseaux ont été retrouvés), par des gaz qui pourraient être des gaz innervants tel le gaz moutarde. Le reporter américain indépendant Dahr Jamail écrivait dans son article “Qu’est-ce que les USA essaient de cacher ?” : “Au moins deux kilomètres de terre furent enlevés... exactement de la même manière qu’après la dure bataille de l’aéroport de Bagdad pendant l’invasion lorsque les Américains utilisèrent des armes spéciales.” L’armée américaine a reconnu officiellement avoir utilisé en Irak le MK77, une “version moderne du napalm” (alors que le napalm est composé de pétrole et de polystyrène, le gel du mark 77 est composé de kérosène et de polystyrène). Le Dr belge Colette Moulaert a vu descendre des boules de feu émettant d’énormes vibrations, dont la description correspond aux effets des bombes Daisy Cutter (BLU82), conçues à l’origine pour dégager la jungle au Vietnam et tracer des pistes d’hélicoptères. Ces bombes brûlent tous les êtres humains se trouvant dans la zone de la déflagration, provoquant de très graves brûlures similaires à celles causées par le napalm.

D’autres nouvelles armes de destruction massive de la panoplie américaine, toutes plus effrayantes les unes que les autres, auraient été testées, comme de nouvelles bombes au plasma (à effet de souffle). Les fuel-air bombs qui, lors de leur explosion au-dessus du sol, créent un vide en absorbant l’intégralité de l’oxygène dans la zone d’explosion, sont capables de tuer des milliers de personnes à la fois. Le dernier modèle américain de ce type aurait un pouvoir de destruction équivalant à un petit engin nucléaire “Moab”, la bombe la plus puissante du monde (neuf tonnes), l’une des plus meurtrières, est l’une de celles qui produisent un mini-champignon semblable à celui des bombes nucléaires (visible sur plusieurs reportages vidéo).

L’agriculture irakienne détruite par les bombardements et l’introduction forcée des semences transgéniques

Les fermiers et les villageois irakiens voient des milliers d’arpents de leurs terres détruits par les bombes déversées quasi quotidiennement à basse altitude par des hélicoptères. “Ces satanés Apache larguent de jour leurs bombes incendiaires qui brûlent nos terres à grande échelle”, fulmine un exploitant de la région de Mossoul. Appelées “boules de feu” par les Irakiens, elles ont brûlé et dévasté des milliers d’hectares d’orge, de blé, et les dattiers qui bordaient les rives du Tigre et de l’Euphrate. A ce jour, 80 % des palmiers dattiers irakiens ont été détruits. Jadis, le pays était le premier pays exportateur de dattes, un fruit d’une haute valeur nutritive qui symbolisait le pays. Guliana Segrena a rapporté : “Quand les réfugiés de Fallouja sont rentrés chez eux, les Américains eux-mêmes leur ont dit de ne pas manger de légumes et d’animaux de la région parce qu’ils étaient dangereux et leur ont recommandé de désinfecter les maisons avant d’y entrer. Celles qui étaient encore habitables, bien sûr.”

L’administration américaine a imposé, comme en Afghanistan, ses semences génétiquement modifiées en Irak. Désormais, Monsanto (producteur de l’Agent Orange), Sygenta et consorts détiennent le monopole sur toutes les semences prélevées dans la banque de semences irakienne administrée grâce à des fonds de la Fondation Rockefeller et de la Banque mondiale pour répandre l’usage des semences OGM dans les pays “en développement”. Les agriculteurs irakiens seront désormais contraints de payer des sociétés étrangères pour pouvoir cultiver les plantes qu’ils avaient semées pendant des siècles.

Une catastrophe humanitaire sans précédent

L’agression contre l’Irak a causé une véritable catastrophe humanitaire. Depuis l’invasion, le nombre d’enfants de moins de cinq ans souffrant de malnutrition a doublé : il est passé de 4 % (alors que le pays était sous embargo depuis treize ans) à 8 % en 2005. Depuis 1991, une stratégie criminelle consiste à détruire systématiquement les infrastructures vitales du pays, en particulier les stations d’épuration des eaux, les centrales électriques, les réserves alimentaires et les hôpitaux : “Nous réparons l’hôpital tous les deux mois : les vitres, l’eau, l’électricité... après quoi, on le bombarde à nouveau.” Les mêmes opérations militaires du type que celles qui ont été utilisées à Fallouja se poursuivent sans relâche dans certaines provinces comme celle d’al-Anbar (nord-ouest de l’Irak). Avec des noms comme “Opération Poing de Fer” et “Opération Porte de Fer”), l’armée américaine lance des avions de combat, des chars et des hélicoptères contre des petites villes et de nombreux villages. Le reporter américain Dar Jamail rapporte : “Les infrastructures médicales de Tallafa ont été salement endommagées par les attaques militaires qui ont eu lieu ces quelques dernières semaines. Les médecins et les convois médicaux sont dans l’impossibilité de pénétrer dans la ville assiégée et d’assister les civils désespérés.”

Les populations, qui fuient leur ville avant qu’elle soit attaquée, s’entassent dans des camps de réfugiés où l’absence d’eau potable et les conditions d’hygiène déplorables provoquent des épidémies. Les familles manquent cruellement de couvertures et de vivres. Ainsi, dans la région d’alAanah, des milliers d’enfants et de familles vivent dans le désert, dans des conditions extrêmement pénibles. La sécurité sanitaire dans les camps est nulle, il n’y a pas d’eau potable, les nouveau-nés sont piqués par des scorpions, des familles sont intoxiquées par la nourriture en conserve.

La plupart des personnes déplacées ont besoin d’aide médicale, les enfants ne vont plus à l’école. La mortalité infantile due aux maladies ordinaires a été multipliée par trois en raison de l’absence d’électricité pour conserver les médicaments. Les urgences ne peuvent être traitées parce que les familles sont coincées dans les camps. Toutes les routes sont bloquées. Le pourcentage de décès parmi les femmes en traitement aurait été multiplié par deux depuis 2003. La stratégie qui consiste à terroriser les populations laissera des séquelles psychologiques à vie chez les survivants, surtout chez les enfants. Avant les assauts, des chasseurs sillonnent le ciel pendant plusieurs nuits d’affilée, larguant des bombes de 500 et 1 000 livres sur les présumés foyers de résistance des villes assiégées. Ainsi, à Fallouja, “Quand les Américains ne trouvaient pas de cible à bombarder... ils utilisaient des bombes assourdissantes rien que pour terroriser les gens et les enfants. La ville vivait dans un effroi permanent. Je ne puis vous décrire à quel point tout le monde était paniqué.” Les hôpitaux n’ont pas la capacité suffisante pour accueillir l’important nombre de malades et de blessés. “Nous recevons 500 à 600 patients par jour [...]. Nous n’avons ni chirurgien, ni médicaments et fournitures d’urgence, ni matériel de labo, etc.”, a déclaré le Dr Walid. “... Il y a eu tant de maisons bombardées par les avions, les gens vivent dans des camps, des familles dans le désert ont besoin de couvertures et de vivres. C’est horrible.”

Une politique d’extermination au nom de la “civilisation” et de la “démocratie”

Pour exterminer le peuple irakien et s’accaparer entièrement leur pays pour des raisons économiques et géostratégiques, les Américains et leurs vassaux ont engagé une guerre totale : armes chimiques et radiologiques pour terroriser et massacrer les populations, détruire leurs habitations, voire raser leurs villes (ainsi, 75 % des maisons et des bâtiments de Fallouja auraient été détruits). Utiliser des armes interdites par toutes les lois internationales, dont l’uranium appauvri qui condamne les générations futures en atteignant le génome.

Toutes ces atrocités se déroulent dans l’ignorance du public, en raison du black-out de nos médias officiels, qui appartiennent en quasi-totalité aux industriels de l’armement, comme en France Serge Dassault ou Matra, du bâtiment, ou à l’Etat.

Joëlle PENOCHET

1. Pr A. Durakovic, directeur du département de médecine nucléaire à l’Université Georgetown de New York et expert auprès du Pentagone.

Principales sources
Sites Internet en français : stopusa.be, www.medact.org, www.bellacio.org, www.anti-imperialism.net, www.planetenonviolence.org, uruknet.info, www.obsarm.org, www.contratom.com, www.sortirdunucleaire.org, www.csotan.be, www.lesproduitsdujardin.fr, www.bienprofond.fr, www.lecourrier.ch, www.infonucleaire.net, http://vitw.org,www.iraqtual.net, www.albashrah.net.
En anglais : http://dahrjamailiraq.com, www.irak.be, www.robertfisk.org, www.indymedia.be, www.globalresearch.ca, www.thenausea.com, www.dissidentvoice.org, www.onlinejournal.com, www.electroniciraq.net, www.ilmanifesto.it.

Livres :
- Abdelkrim-Delanne Christine, Guerre du Golfe, la sale guerre propre, Paris, Le ChercheMidi éditeur, collection “Documents”, 2001.
- Barrillot Bruno et alii, Les Armes à uranium appauvri, jalons pour une interdiction. Les enjeux environnementaux, sanitaires, économiques, juridiques et éthiques, GRIP-éditions Complexe, Paris, 2001.
- Barrillot Bruno, Le Complexe nucléaire. Des liens entre l’atome civil et militaire, Lyon, Observatoire des armes nucléaires/CDRPC/ Réseau Sortir du nucléaire, 2005.
- Benjamin Jean-Marie, Irak, l’apocalypse, Lausanne, Favre, 1999.
- Pr Bertell Rosalie, Planet Earth : The Latest Weapon of War, A Critical Study into the Military and the Environment, Londres, The Women’s Press, 2000.
- Caldicott Helen, The New Nuclear Danger, George W.Bush’s Military-Industrial Complex, New York ,The New Press, 2002.
- Clark Ramsey, The Fire This Time, US War Crimes in the Gulf, New York, International Action Center, 3e edition, 2002, Metal of Dishonor, International Action Center, New York, 1999.
- Meissonier M. et Loore F., Uranium appauvri, la guerre invisible, Paris, Robert Laffont, 2001.


(article paru dans VOTRE SANTE n° 80, mai 2006, www.votre-sante.net)

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