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Attention ! Danger Travail

lundi 11 août 2003

Samedi 9 août, à 20 heures, sous un chapiteau plus que bondé, avait lieu la projection de la version définitive de "Attention ! Danger Travail", programme de documentaires réunis par Pierre Carles, Christophe Coello et Stéphane Goxe. Une version évolutive circulait depuis un an et avait été projetée dans des lieux alternatifs (gros succès au VAAAG d’Annemasse, début juin).

Le film alterne, pendant 1h45, témoignages de chômeurs heureux, reportages au coeur d’entreprises plus formateuses que formatrices d’individus, films d’entreprise et publicités (plutôt "réclames", vu l’ancienneté) ou encore questions à des personnalités politiques ou du Medef ...

Malgré le propos - pas de travail salarié - qui voudrait, selon la conception actuelle du travail et de la société, que le film soit compassionnel et les chômeurs des alcooliques / dépressifs / drogués / marginaux ..., il ressort des témoignages que ces chômeurs sont épanouis, ils ont une vie sociale développée, ont le temps de lire, d’aller au musée, de se promener, de faire la sieste, de flâner, de s’impliquer dans la vie de son quartier ... de vivre, finalement. Même si (ou alors parce que ?), ils ont des moyens financiers faibles.
Tout le contraire des employés de boulots précaires et aliénants : dans le télémarketing, chez Domino’s Pizza où il faut accepter un réglement strict - longueur des cheveux, couleur du tee-shirt sous le "costume", vitesse de marche pour aller de la cuisine à la mobilette ... car "vous êtes tous pareil, car vous êtes égaux", dixit un manager d’équipe qui ne doit pas lire du Schopenhaueur avant de se coucher.

Quant aux responsables politiques à qui Pierre Carles, mi-Michaël Moore, mi caméra caché, demande leur réaction à une cassette qui circulerait sur des gens qui refusent de travailler, leurs réponses provoquent à la fois l’hilarité et la consternation dans la salle. Y passent Claude Alègre ou Philippe Douste-Blabla, à l’université d’été du MEDEF, ce qui nous vaut donc des propos tout aussi affligeants de doctes pontes du syndicat des "entrepreneurs".
"Il faut siffler la fin de la récréation ... En avant, entreprise France !". Les discours à la tribune de Raffarin de Chasneuil du Poitou et du baron de Seillière sont insérés dans le film, et l’on peut se rendre compte, s’il était encore besoin, de l’absurdité et de la bêtise de ces tribuns du libéralisme à tout crin, tant sur le fond que sur la forme.

Quant à la forme du documentaire lui-même, elle est intéressante et engagée. Le réalisateur a en effet cotoyé Bourdieu, et ça se sent : les séquences prennent leur temps, pas de formatage du style interviews de 90 secondes, reportages de 3 minutes, pas de temps mort ... Non, les rescapés du monde du travail s’expriment à leur rythme, face caméra, avec quasiment pas d’interventions de l’interviewer, la pensée a le temps de se déployer. Le discours n’est pas martelé par une voix off à la M6 ; tout au contraire, le spectateur est libre d’interpréter les propos de chacun comme il le veut, à son rythme lui aussi.
La liberté, c’est aussi ce qui ressort de ces réfugiés du monde salarié, de la vie gagné à la perdre. La maturité, aussi. De la part de témoins d’origine sociale et d’âge divers : ancien chef d’entreprise, VRP, monteuse à la chaîne, 30 ans, 40 ans, 50 ans ... Tandis que les déclarations de patrons ou de politiques sont sans fraîcheur, toutes droites sortis de leur boîte, sans reflexion véritable ni questionnement approfondi, parce que "c’est comme ça, et pas autrement".
Les témoignages d’employés de chez Michelin, à Clermont-Ferrand, sont eux aussi très éclairants : le corps brisé par les conditions de travail, l’esprit et la reflexion atrophiés par les horaires et l’abrutissement des taches, le mépris des patrons ... (extraits en N&B de "paroles de Bibs").

Le film se conclut par le long discours de Raffarin à la tribune du Medef au printemps dernier, et par quelques phrases de Seillière après le générique. Le public, toujours aussi important malgré les conditions assez inconfortables (3 personnes assises par terre au mètre carré ?), fait une ovation au film et nombre de spectateurs ont le sourire aux lèvre, tant il y eut d’éclats de rire pendant la projection.
Ensuite, on peut penser que le film a des limites : le propos se focalise sur le travail salarié, avec des rapports patrons-direction/employés ; des gens heureux de leur travail, en dehors de toute considération de salaires, sont absents du film, la transformation du RMI en RMA n’est pas abordée ... Mais rentre en jeu la relation de chacun avec le travail. Et surtout, le film pose des questions de choix de société, sur "le droit à la paresse" ou le travail : à quoi bon travailler, si c’est pour être aliéné par son activité, ne pas pouvoir faire autre chose que le gros beauf après une journée épuisante de travail et "profiter" finalement de quelques années de retraite ...
Par ailleurs, le refus du travail rejoint d’autres thèmes débattus au Larzac, par exemple les droits sociaux ou la décroissance soutenable, dont un des moyens d’y parvenir, selon la proposition d’un conférencier, serait d’établir un statut d’objecteur de conscience du travail (voir les CR de l’atelier correspondant).

A projeter dans tous les centres ANPE et ASSEDIC. Et en entreprise, bien évidemment.


par Stéphane

Site du film

« On dit qu’il y a trois millions de personnes qui veulent du travail. C’est pas vrai, de l’argent leur suffirait. »
COLUCHE

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