Accueil > Larzac 2003 > Forums et documentaires > Énergies et services publics

Énergies et services publics

mercredi 13 août 2003

accès à l’énergie pour tous au sud comme au nord avec quelles productions (nucléaires ? renouvelables ? …) - Développement énergies renouvelables. Installation d’éolienne : où ? par qui ? pour quels objectifs ?

par Louis Amigo
Ce forum est à l’initiative de Sortir du nucléaire qui en assure l’animation par Stéphane Lhomme. Dans son introduction, il plante le décor : l’heure est grave, le lobby nucléaire français est en ordre de marche pour imposer le nouveau réacteur EPR, 59ème réacteur français et 1er d’une nouvelle série de 40. Tous les autres réacteurs en service seront en fin de vie dans 20 ans. La privatisation d’EDF est programmée par étapes (on va ouvrir le capital (privatiser) à 20% dans un 1er temps, puis dans un 2ème temps, l’État se désengagera jusqu’à 51%, dans un 3ème, il gardera la minorité de blocage à 35%, et après …) Pour que la privatisation soit une affaire juteuse pour les investisseurs privés, il faut au préalable relancer la consommation, donc relancer le nucléaire. Stéphane Lhomme pose d’autres questions : qu’en est-il de l’accès à l’énergie pour tous, en particulier pour les pays du sud ? Est-ce bien raisonnable que la France construise des centrales en Chine, ce pays qui n’est pas une démocratie ? Que faire des déchets ? Que penser de la sécurité d’approvisionnement en électricité qui fut un des arguments de la propagande pro-nucléaire au moment du 1er choc pétrolier alors que la canicule de cet été va contraindre les réacteurs à s’arrêter les uns après les autres par manque d’eau ? Quelles alternatives au nucléaire ?
Claude Aufort de la CGT Énergie intervient ensuite. Il commence par brosser un tableau d’ensemble du problème de l’énergie. Nous sommes 6 milliards d’humains sur cette Terre, nous serons 10 milliards dans quelques décennies. Comment faire pour assurer un approvisionnement en énergie à ces 4 milliards supplémentaires qui se trouveront tous ou presque dans les pays en voie de développement (PVD) ? La solution du charbon reste la seule possible du fait de la meilleure répartition de ce combustible fossile à la surface de la Terre. Claude Aufort continue dans les généralités en rappelant qu’un Africain consomme environ 60 fois moins d’énergie qu’un Américain. Il devient plus précis ensuite en pronostiquant que la Chine ne va pas tarder à intervenir pour imposer une plus juste répartition de l’énergie. Que l’accès à l’énergie c’est un droit. Que le risque climatique est maintenant une réalité. Que les pays développés doivent faire preuve de solidarité avec les PVD pour qu’ils accèdent à l’énergie, donc au charbon. Et que cette solidarité, c’est de produire moins de gaz à effet de serre. Claude Aufort a l’élocution lente, mesurée, sans nuance que savait inculquer à ses orateurs le Parti Communiste d’il y a quelques années. Ça ronronne doucement. Et soudain, Claude Aufort conclut du même ton que c’est pour ça que nous, la CGT Énergie, sommes pour le nucléaire. Il se tait et attend. L’assistance reste silencieuse un bref instant, surprise, puis c’est le brouhaha, cris, horions, invectives, sifflets… Stéphane Lhomme intervient alors en tant que meneur du débat et réclame qu’on écoute les arguments de Claude Aufort. Le calme tarde à revenir et à chaque tentative d’explication, le brouhaha repart de plus belle. Claude Aufort sait gérer son stress, il arrive à fermer tous les débats par un redoutable Vous êtes libres de ne pas me croire mais moi je vous dis ça…. Il arrive quand même à placer que la CGT réclame une augmentation des crédits de la recherche. Stéphane Lhomme intervient en tant que militant et demande une réponse précise à propos d’une dépêche d’agence qui expliquait l’accord secret qui aurait été passé entre EDF et la CGT Énergie pour que la paix sociale soit maintenue pendant la privatisation d’EDF en échange d’un statut ultra privilégié, une rente sociale pour les travailleurs EDF du nucléaire et leurs représentants. Claude Aufort répond que c’est une affabulation et que la meilleure preuve, c’est que la CGT n’a pas signé l’accord suite au référendum consultatif d’entreprise qui l’a précédemment rejeté. En réponse à une question de la salle à propos du travail dangereux qui est confié à des sous-traitants plutôt qu’à des salariés d’EDF, Claude Aufort affirme que la CGT se bat contre la précarisation des sous-traitants. Il appelle au rassemblement plutôt qu’aux divisions.
Avec François Dufour qui intervient ensuite au nom de la Confédération Paysanne, l’assistance retrouve une belle unanimité. François Dufour dénonce les méfaits des lignes à très haute tension sur les élevages, bovins, ovins, porcs, lapins. Il raconte les truies qui n’ont pas de lait, les avortements, le lait qui n’est pas aux normes, etc.. Les GPSE ont été créés, ce sont les groupes permanents pour la sécurité des élevages qui ont fait des études qui mettent en évidence la corrélation entre les nuisances d’une part et les mises en service de lignes HT, les variations de puissances transportées, la composition des sols, etc. d’autre part. François Dufour conclut qu’une ligne HT signifie souvent la ruine de l’éleveur qui est en dessous et que, si les animaux y sont si sensibles, on peut imaginer que l’humain n’y est pas insensible.
Corinne François et André Robinard interviennent ensuite au nom de la Coordination contre l’enfouissement des déchets nucléaires. Ils soulignent qu’au risque nucléaire, il convient d’ajouter les déchets, ce qu’on en fait et combien ça coûte de les gérer. Le nucléaire a été lancé par les militaires puis étendu au civil sans consultations. Le nucléaire ne peut amener qu’un manque de démocratie. La gestion des déchets est vraiment le problème. Certains doivent être entreposés en attente parce qu’ils sont trop chauds. L’ANDRA (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) fait semblant de n’avoir pris aucune décision et utilise le mot laboratoire pour désigner la construction d’un vrai site d’enfouissement. L’étude parlementaire qui doit rendre son rapport en 2006 ne va certainement pas apporter de solution au problème des déchets. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas de solution à ce problème.
Stéphane Lhomme explique pourquoi Michèle Dessenne d’ATTAC France a été conviée au forum. Sortir du nucléaire veut qu’ATTAC donne publiquement sa position sur le problème du nucléaire, pour ou contre, en sortir ou pas. Michèle Dessenne commence par éviter la réponse directe à la question. Elle rappelle qu’ATTAC demande un débat démocratique sur tous les choix de société et que le nucléaire en est un. Il doit y en avoir pour tous les Services Publics qu’il convient de rénover. Dans ce débat, il ne faut pas opposer social à environnement, chacun devrait se poser la question de l’utilité sociale de son travail. Enfin, Michèle Dessenne donne la position d’ATTAC. Pour le moment, il y a des positions individuelles au sein des militants d’ATTAC, elle-même en a une qu’elle ne donne pas parce que ce n’est pas la question, mais il n’y a pas de consensus, il y a même des oppositions fortes, donc pas encore de position officielle. Le débat va être organisé à l’intérieur et à l’extérieur d’ATTAC, des alternatives au nucléaire doivent être trouvées, discutées. À l’issue de ce débat, ATTAC prendra position. Les réactions de la salle sont mitigées, les anti-nucléaires voudraient une position plus tranchée. Michèle Dessenne constate que nous portons des contradictions internes et qu’il faut s’en accommoder. La recherche et l’augmentation de ses crédits est un axe défendu par ATTAC. Les élus locaux seront aussi invités à débattre, dans le même système que Pas d’OGM sur ma commune et Ma commune hors AGCS.
François Lhomme pense que la décision de sortir du nucléaire est nécessaire pour que les choses bougent dans le bon sens. Si cette décision est prise, le développement des énergies renouvelables démarrera, la consommation d’électricité sera réduite (l’objectif est une réduction de 50%). En France, la surconsommation a été mise en œuvre délibérément pour justifier le nucléaire, le chauffage électrique est une aberration. La cogénération qui consiste à récupérer la chaleur des centrales pour le chauffage n’est pas étudiée et la chaleur produite est un problème plutôt qu’une énergie. En France, il y a 5 réacteurs nucléaires qui ne fonctionnent que pour produire l’électricité nécessaire à l’industrie nucléaire elle-même, pour produire le combustible des centrales notamment.
L’assistance intervient sur les sujets suivants :
- La CGT est interpellée parce qu’elle ne s’est pas opposée à la disparition du monopole d’EDF.
- Le nucléaire est décrit comme très peu efficace, 75% de déperdition.
- Le nucléaire n’est pas rentable si on met dans le calcul du kWh le prix payé par la collectivité : la construction et le démantèlement des centrales et la gestion des déchets.
Pour le prix d’une centrale, on pourrait équiper chaque ménage français d’un chauffe-eau solaire.
- Le budget des ADEME (Agence pour le développement et la maîtrise de l’énergie) a été réduit par le gouvernement.
- En France, on produit 12t de plutonium par an, 80t dans le monde.

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions'inscriremot de passe oublié ?