Accueil > Larzac 2003 > Témoignages, réflexions > Un monde végétarien est possible

végétarisme, antispécisme, prix-libre, autogestion

Un monde végétarien est possible

vendredi 12 septembre 2003

8-10 août 2003
Mon expérience au rassemblement alter-mondialiste sur le plateau du Larzac suivi d’un compte-rendu du débat sur l’antispécisme animé par Yves Bonnardel à cette occasion.
Anne Renon

1. Le site

Yves avait décidé de se rendre à Millau pour parler des animaux, qui ne faisaient malheureusement pas partie du programme de M. Bové ("bien évidemment", devrais-je dire puisqu’il est lui-même éleveur). Nous avons été quelques-un-es à l’accompagner, notamment pour distribuer des tracts annonçant un débat sur l’antispécisme.

Pour celles et ceux qui n’y étaient pas, voici une brève présentation des lieux : des hectares de champs se sont vus envahis, pendant quelques jours, de nombreuses tentes - des tentes de camping et d’exposition - ainsi que d’individus en tout genre qui déambulaient des unes aux autres à la recherche d’informations, de nourriture, de rafraîchissements et d’ombre ! Le site était isolé, de par son emplacement à une bonne dizaine de kilomètres de Millau, mais également en raison des embouteillages : une fois arrivé, vous n’aviez plus envie de ressortir pour vous payer les bouchons. Tous-toutes étaient donc obligé-es de se ravitailler sur place, auprès des stands de nourriture préparée et chère, auprès de rares maraîchers (je n’en ai vu qu’un seul) perdus entre les étals de saucissons, auprès de la buvette de la confédération paysanne (deux euros le verre de jus de fruit, de bière ou la bouteille d’eau) ou encore auprès des quelques citernes d’eau mises à disposition du public prêt à faire la queue entre dix minutes et deux heures en plein soleil.

Il n’existait que trois lieux en opposition à cet « autre monde » trop commerçant, des lieux où le prix libre était de mise (pour une définition du prix libre, voir le site antispesite :
- la caravane de la Valette ;
- deux jeunes femmes qui réalisaient des pizzas avec les légumes de leur jardin ;
- et la cuisine autogérée, mise en place par un petit nombre de militants de Nîmes et Montpellier (dont certain-es s’occupaient autrefois du « Carnaval des affamés », pour ceux qui connaissent). Dans cette cuisine, sans la présence de laquelle je ne serais pas restée si longtemps à Millau, on pouvait aider à préparer la nourriture végétarienne (-lienne, en fait) pour les 4 à 500 personnes qui défilaient à l’heure des repas, petit-déjeuner compris. Un tableau noir permettait de s’inscrire à l’avance pour faire partie de l’équipe des cuisiniers mais, jour après jour, nous avons eu de plus en plus de gens, femmes, hommes, jeunes ou moins jeunes, qui sont venu-es donner un coup de main dans la bonne humeur. Le principe du prix libre permettait à tout le monde de pouvoir manger un bon repas quels que soient ses moyens financiers et le principe de l’autogestion voulait notamment que chacun lave son couvert en sortant.

J’ai ainsi pu discuter avec de nombreuses personnes, échanger des points de vue, critiquer cet « autre monde » qui semblait recréer le même monde qu’à l’extérieur. Nous avons aussi parlé du rassemblement anti-G8 à Annemasse. Nous avons échangé des idées et nous espérons développer les lieux autogérés, où chacun met la main à la pâte sans qu’aucune hiérarchie ne s’instaure.

Pour ce qui est des conférences inscrites au programme de ces trois jours, elles avaient l’avantage de prendre place à l’ombre de gigantesques tentes recouvertes de bâches plastiques blanches et le conférencier y était muni d’un micro. De notre côté, nous sommes restés plus modestes ; un arbre à palabres était à la disposition des micro-débats. Je dis « micro », car comparé aux tentes des conférenciers, notre arbre (un vrai) semblait bien petit. Il était pourtant un des plus gros des environs et c’est pour cela que son ombre était chère.

Grâce à l’aide d’Eric, Fred de Paris et Olivia, nous avons pu distribuer les 1500 prospectus « Le monde n’est pas une marchandise, les animaux non plus », photocopiés par Yves avec la mention « débat sous l’arbre à palabres dimanche à 14h00 ».

2. Le débat sur l’antispécisme

Arrivés sous l’arbre à palabres, qui rassemblait une centaine de personnes venues là pour profiter de l’ombre et quelques autres venues pour le débat annoncé sur le prospectus, nous avons pris place, Yves au centre pour présenter brièvement l’antispécisme (pendant une dizaine de minutes), et moi-même dans l’assemblée ensommeillée pour le soutenir le moment venu !

Le début a été un peu démoralisant : seules les personnes situées à faible distance d’Yves l’écoutaient, les autres discutaient, dormaient, etc. Bref, elles n’étaient pas venues pour le débat. Mais petit à petit, je les ai senties dérangées par les propos relatifs à l’antispécisme, elles étaient de plus en plus à vouloir intervenir parce qu’elles n’étaient pas d’accord avec tel ou tel point. C’est là que c’est devenu intéressant : de vingt ou trente individus qui écoutaient au départ, la centaine présente est devenue attentive. Très rapidement, Yves a fait passer le bâton de parole, qui n’a pas toujours été respecté, les questions fusant de partout : impossible de répondre à tout.

Voici quelques-uns des problèmes soulevés.
Plusieurs participants ont présumé que les gens présents à Millau étaient contre les élevages en batterie, que ça allait de soi (de là à dire qu’ils l’appliquent dans leur quotidien...).

D’autres ont évoqué la chaîne naturelle de prédation : « nous sommes faits pour manger les animaux » et une intervenante en particulier pensait que, puisqu’elle est faite pour manger les animaux, alors elle est « obligée » en quelque sorte de le faire ; elle ne comprenait pas qu’Yves lui dise qu’elle avait le choix de ne pas les manger ; pour elle, il n’y avait pas de remise en question possible. Cette même personne était également persuadée que notre corps a besoin de viande, et elle argumentait en expliquant que, lors d’un séjour en Afrique, elle avait vu les enfants se jeter sur les lézards et autres petits animaux pour les manger.
Certains demandaient ce qu’on ferait de tous ces animaux si on arrêtait de les manger.
Comment peut-on nourrir tout le monde si on devient tous végétariens ?
Un participant s’affichait en faveur de l’élevage des animaux en plein air car ils nettoient la nature et limitent ainsi les incendies (thème malheureusement à la mode) ; je lui ai fait remarquer qu’il avait une drôle de façon de les remercier : en les mangeant.
Figurez-vous, par ailleurs, que grâce à la tauromachie, des espèces de taureaux ont été sauvées, et que si on ne mangeait pas les vaches, elles n’existeraient pas. Cela leur fait une belle jambe, à ces animaux-là !
Bref, que de propos habituels pour qui discute régulièrement avec des spécistes, mais je suis certaine que des petites graines se sont immiscées çà et là entre les lobes de quelques cerveaux et que ce débat a fait réfléchir plus d’une personne.

Après 1h30 de débat à l’ombre de l’arbre à palabres, Yves nous a tous invités à venir goûter à la bonne nourriture végétarienne de la cuisine autogérée.

Copyleft

Lien : http://www.cahiers-antispecistes.org

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions'inscriremot de passe oublié ?