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OMC, film, alter-mondialisme, G8, Gênes, Doha

Notes sur l’OMC

vendredi 7 novembre 2003

On le savait déjà ! C’est ainsi que l’on pourrait résumer l’impression laissée par le documentaire de Vincent Glenn Notes sur l’OMC. On le savait, certes. On s’en doutait, sûrement. Mais c’est une sorte de claque dans la gueule, un nouveau type de réveil matin que cet auteur nous a concocté. Car ce que l’on croit, ce que l’on sait, n’est jamais aussi évident que projeté sur l’écran. Et il use de ce média tant décrié avec une telle dextérité que l’on reste sans voix le rideau tombé. Juste les mains pour applaudir. Et si ce qualificatif n’était pas si souvent utilisé qu’il s’est vidé de son sens, on pourrait même parler de standing ovation de la part d’un public à priori acquis, à posteriori conquis.

Qu’est-ce qui nous a donc tant plus dans ce documentaire ? A la fois le fond, la démystification du discours policé de l’OMC, et la forme, un enchaînement cadencé d’images et de sons. Des interviews de penseurs et acteurs de l’alter-mondialisme : Agnès Bertrand, Susan George, René Passet, J.M. Harribey, Joseph Stiglitz. Même le très sollicité Manu Chao se prête à l’exercice. Tous donnent la réplique, par le montage de V. Glenn, au bonimenteur Mike Moore, dont l’incohérence des propos explose à chaque réponse. Prétendant que la libéralisation économique représente l’avenir de nos sociétés, M. Moore s’oppose, au nom des lois du marché, au protectionnisme qui, à ses yeux, ne crée pas d’emplois. Tout en oubliant que cette libéralisation ne concerne que les biens, services et capitaux. Pas l’humain, valeur exclue des réflexions des décideurs, si ce n’est pour être considéré comme une ressource qu’il faut gérer de la même façon qu’un stock de carburant. A quand l’inflammation de puits de main d’oeuvre par des capitalistes aux abois pour couvrir leur fuite ?

L’OMC est une institution internationale, organe centralisateur des décisions orientant le commerce mondial. Elle définit ainsi les règles du jeu. Mais c’est un jeu aux dés pipés et, comme dans ce genre de partie, on ne se demande même plus qui en sera le grand gagnant. Par le déséquilibre structurel caractérisant les échanges économiques, les pays industrialisés confortent chaque jour un peu plus leur position, au détriment d’autres dont seule la classe dominante corrompue s’enrichit.

Le fonctionnement même de l’OMC est déséquilibré. A l’image du G8, seuls quelques Etats initient et valident les décisions. Et comme ces décisions s’appliquent à tout Etat signataire des accords (Marrakech 1994), ce sont donc les vues d’une oligarchie qui s’imposent au reste de la planète. Pour reprendre ces termes de F. Perroux : La libéralisation des échanges entre inégaux cause la fin des plus faibles. Alors, l’OMC, instrument des puissants pour l’asservissement des plus faibles ?

Alternant les extraits de JT et d’interviews de politiques avec des séquences tirées de la manifestation anti-G8 de Gênes, le documentaire débouche sur la rythmique de deux percussionnistes, comme si l’auteur, en opposition au marasme technico-économique, voulait nous amener à sa forme de plénitude, l’aire de repos sur l’encombré chemin.

Mais la réalité reprend vite le dessus, les cris de lutte s’enchaînent aux percussions. Sur fonds de bruits de bottes, J. Stiglitz compare les décideurs économiques aux pilotes de bombardiers, ignorant les dégâts causés par leurs lâchers. Globalisation, concentration. Le cas Vivendi est cité en exemple. Omniprésent dans nos vies de consommateurs, c’est un compagnon si collant qu’on ne le voit même plus. Pourtant, on le savait déjà ...

Les extraits de JT fusent, les images de problèmes sociaux se mêlent aux manifs anti-Doha. Les déséquilibres du commerce mondial et ses conséquences se précisent. Le décalage des décideurs aussi, tels P. Lamy déclenchant les sifflets du public avec sa maxime Airbus contre Textile, et ce pour évoquer les échanges internationaux entre les PVD et leurs néo-colonisateurs. Morceaux choisis, dommage pour lui !

On voit ensuite un groupe de militants, avec à sa tête l’inévitable José Bové, tenter une percée au siège de Nestlé (c’est à Beauvais, sans mauvais jeu de mots ... si ça vous dit ...). Demande d’explications sur les profits du groupe et la baisse des prix agricoles, réponse sous forme de gaz lacrymo. Image isolée, symbolique, celle du leader embué, les yeux, le nez, la gorge piquée. Le militant souffre mais n’abdique pas. Il y puise même un second souffle.

Et les images s’empilent encore, le rythme s’emballe. Les séquences de vidéo jockey allient discours politiques, scènes de luttes et percussions tribales. On n’en dort plus, le lit devient pilori quand la misère suinte de toutes parts.
Puis la cadence s’adoucit, le sous-commandant Marcos clôturant l’enchaînement. Les luttes se superposent, comme pour n’en faire qu’une, contre là aussi un même ennemi commun, l’OMC et sa constellation d’intérêts.

Dans Notes sur l’OMC, V. Glenn nous donne le tempo de la contestation, sa vision de la situation. Il décrypte les discours, confronte les points de vue. Et nous éclaire, malin, sur ce qu’on savait déjà : la vérité est là, regarde et tu verras.


Notes sur l’OMC
Durée : 1h30
Réalisateur : Vincent Glenn
Production : FilmO, Lardux, Callysta, Les Nuits Atypiques
Sortie en salles prévue début 2004. Prix VHS : 30 euros
+ d’infos sur Co-errances

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